Enna Chaton (FR)

Enna Chaton est née en 1969 à Grenoble. Elle vit et travaille à Sète. Elle enseigne à l’école des beaux-arts de Sète.

Enna Chaton propose une effraction de la conscience perceptive par le renouvellement du dispositif stratégique et en introduisant au sein de ses images un libertinage particulier : celui qui à la fois joue sur la séduction tout en décevant l’attente du voyeur. Certes la  photographe et cinéaste ne pratique que le nu, aborde la question de la sphère de l’intimité, en une mise à nu des sentiments et des corps, dont elle explore avec finesse la beauté érotique. Mais la transgression est ici un jeu qui lève et complète l’interdit, sans pour autant le supprimer. L’artiste grenobloise capte les abandons progressifs au désir (en toute pudeur), les lâcher-prises, les glissements, les dérapages, l’intensité des expériences à venir, la présence de soi par l’autre (qui demeure hors champ). Un ignoré et une sensibilité du corps sont rendus visibles. Ce n’est plus seulement la façon dont le corps parle le désir mais la façon dont le corps exposé nous parle (rebelle au jeu qu’on veut habituellement le faire jouer) que l’artiste propose. Elle dissocie l’image du sexe par le sexe. Nous sommes désormais éloignés du côté « stimuli-réponse » que propose dans sa prétendue vérité de représentation la photographie et son poncif qui, selon Baudelaire, est : « un abus de mémoire… plutôt une mémoire de la main qu’une mémoire du cerveau ».

(Jean-Paul Gravard-Perret)

Projet réalisé avec Mojito Bay | www.ennachaton.fr

Adrien Tirtiaux (BE)

Né en 1980 à Etterbeek (Belgique), vit et travaille à Anvers. Diplômé ingénieur civil architecte en 2003 à l’université catholique de Louvain-la-Neuve (Belgique) puis diplômé en sculpture et performance en 2008 à l’Académie des beaux-arts de Vienne (Autriche). Représenté par la galerie Martin Janda à Vienne.

Adrien Tirtiaux part le plus souvent du lieu, pour en détourner le sens. « Je travaille, dit-il, comme un architecte : j’analyse un contexte donné et essaie d’y trouver une intervention adéquate. » En effet, conformément à son parcours universitaire — il se forme en premier à l’architecture à l’université de Louvain-la-Neuve pour ensuite intégrer en 2003 l’École des Beaux-Arts de Vienne —, Tirtiaux convoque dans ses installations — ou architectures performatives — un registre artistique qui puise dans les années 60/70, en particulier dans le Land Art et l’art minimal. dans la lignée de Robert Smithson et Robert Morris, il aborde l’espace comme site et situation ; il y construit des histoires, des situations paradoxales, dans les interstices, inscrivant en son sein un sentiment de dualité et d’ambivalence qui, du même coup, révèle sa qualité intrinsèque. (…) il crée ainsi de multiples oppositions — intérieur/extérieur, nature/culture — qui se nourrissent de leurs interrelations pour transformer un environnement donné en un processus, en une somme d’interactions.

(Maïté Vissault)

Projet réalisé avec Mojito Bay | www.adrientirtiaux.eu

Noah Wiegand (FR)

Né en 1980 à Biarritz, vit et travaille à Toulouse et Berlin. Diplômé de l’École supérieure des beaux-arts de Nantes Métropole en 2006.

Dans son travail Noah Wiegand évoque aussi bien la mélancolie, la solitude, l’humour et l’espoir avec une approche subjective et ironique. Mêlant expérience personnelles et influences culturelles diverses : littéraires, philosophiques, musicales ou à l’histoire de l’art, il associe ses pièces dans des installations qui constituent des trames étranges, à la fois abstraites et narratives formant un monde fantasque et loufoque. Noah travaille dans un large éventail de médias, intégrant de façon transparente une langue visuelle très descriptive. Dans ces peintures, dessins, sculptures et vidéos, il se concentre sur des thèmes universels tel que la condition humaine, l’amour, la perte, l’optimisme et l’abattement, le tout donnant une tragi-comédie pathétique. En exerçant une compréhension aiguë des hauts et des bas de la vie, il crée des œuvres à forte charge émotionnelle, qui puisent dans une conscience collective et explore les façons par lesquelles nous vivons, nous aimons et nous nous souvenons. la tendance mélancolique de Noah possède la plus douce des autodérision et exprime un désir pour la connection humaine et la révélation. S’accumule à travers les sentiments d’échec et d’inutilité en partie apparente, une projection ludique du personnage de l’artiste qui est un solipsiste las du monde, un héros désespéré et une âme perdue.

(Martin Migalot)

Projet réalisé avec Mojito Bay

Carine Klonowski (FR)

Carine Klonowski est née en 1989 à Nice. Elle vit et travaille à Paris. Diplômée de l’École européenne supérieure de l’image d’Angoulême en 2012.

« Dimanche soir à la maison, on joue à GTA V avec Étienne et Simon. J’ai la manette, alors plutôt que de buter gratuitement des PNJ, je vais voir le coucher de soleil à Del Pierro Beach. C’est dingue à quel point les développeurs bossent le rendu des lumières dans les jeux vidéos. Quinze minutes de modulations lumineuses, de brumes et dégradés de couleurs à te couper le souffle. L’emphase en moins, c’est un peu l’expérience paysagère du no life.
Les plombs sautent – on n’a pas la terre. Le vidéoproj se rallume, pas la console : écran bleu, « aucun signal ». Le LCD perd ses pixels – de plus en plus de points blancs sur la projection, d’ici deux mois on n’y verra plus rien. Du coup on passe du coucher de soleil au ciel étoilé, comme quoi les installations électriques foireuses et l’obsolescence programmée, ça a du bon. J’ai vu un Friedrich dans GTA, et on aura bientôt un Malevitch 2.0 dans le salon.
Demain matin on prendra la Mercedes d’Étienne, on écoutera Drexcyia sur le boulevard périphérique en se croyant dans Blade Runner. Vraiment c’est ce genre d’ambiance – une espèce de bouillie de pluie de lumières et de béton, le tout crûment scandé par des tags et des enseignes. La vision indistincte et la pensée erratique, tout ça se mélangera plutôt bien. On verra si ça a du sens dès lors que ce sera écrit sur un mur, ou si ça pique les yeux une fois projeté sur un pare-soleil. »

(CK)

Projet réalisé avec Mojito Bay | www.carineklonowski.net

Minhee Kim (KR)

Née en 1986 à Masan, Corée du Sud. Vit et travaille à Nantes. Diplômée de l’École européenne supérieure de l’image d’Angoulême en 2013. Elle a cofondé le Collectif Occasionnel avec Alexandre Meyrat le Coz en 2015.

« Ma pratique artistique consiste en une tentative de séparation et de détachement d’un moment dans le flux du temps. Cet acte se déroule en deux étapes ; une scission de l’espace‑temps et une reproduction de cette scission grâce à une intervention plastique. La scission est un choix. Il s’agit de choisir un moment que je voudrais pérenniser et immortaliser. Je décide ainsi de capturer l’instant pour le posséder. Mais la capture de la réalité ne peut pas réellement  se faire, parce que l’essence de la réalité s’échappe une fois que le temps est passé. Les images capturées après le moment passé sont comme des capes. On met cette cape sur un fantôme. La cape montre la forme du fantôme mais une fois le fantôme disparu, sous la cape, il n’y a rien. Toutefois, la cape garde toujours la forme du fantôme. C’est pour cette raison que je reproduis une image à partir d’une trace de la mémoire, qui appartient déjà au passé, pour ensuite retravailler cette image qui devient une balise d’un moment éphémère et achevé. »

(MK)

Projet réalisé avec Mojito Bay | www.minheekim.fr

Alexandre Meyrat Le Coz (FR)

Alexandre Meyrat Le Coz est né en 1988 à Guéret. Il vit et travaille à Nantes. Diplômé de l’École supérieure des beaux-arts de Nantes Métropole en 2013. Il a cofondé le Collectif Occasionnel avec Minhee Kim en 2015.

« Il existe une ambiguïté entre l’image et l’espace comme une ligne que l’on pourrait difficilement dessiner. Mon travail se situe dans un espace d’entre-deux, un « espace image » où naissent des tensions, des relations entre sculptures, photographies, différents médiums, supports pour l’imaginaire. Cet espace laisse la possibilité de se raconter des histoires, de frôler le merveilleux et l’absurde. L’image devient un espace de projection, physique, comme un écran déplié de part et d’autre.
Je suis dans une pratique de détournement, de réutilisation. Au départ, il y a souvent une trouvaille : des objets du quotidien, par exemple. Je déplace le contexte, le statut, jusqu’à rendre parfois l’objet inefficace ou jusqu’à lui conférer une nouvelle lecture, une nouvelle utilité. Ici certains objets ne sont plus la démonstration d’une vérité mais celle de l’inefficacité, de l’accident, de l’incertitude des choses. J’utilise un vocabulaire parfois proche d’une esthétique scientifique, d’outillages de mesure, de mécanismes permettant la compréhension d’une force, d’une relation ou d’un mouvement. Aussi, je construis un langage à double lecture. la première serait celle qui laisse entrevoir un paysage fait de merveilles, qui laisse la possibilité à la narration. Un paysage rempli de naïveté et de légéreté. puis de l’autre côté, sur l’autre face, lire la cruauté, l’ironie, l’absurdité et la complexité des mécanismes humains. C’est dans l’expérience de son goût que l’on peut reconnaître l’empoisonnement, l’absence de susbstance, le vide et l’inconsistance. »

(AML)

Projet réalisé avec Mojito Bay | alexandremeyratlecoz.com