Minhee Kim (KR)

Née en 1986 à Masan, Corée du Sud. Vit et travaille à Nantes. Diplômée de l’École européenne supérieure de l’image d’Angoulême en 2013. Elle a cofondé le Collectif Occasionnel avec Alexandre Meyrat le Coz en 2015.

« Ma pratique artistique consiste en une tentative de séparation et de détachement d’un moment dans le flux du temps. Cet acte se déroule en deux étapes ; une scission de l’espace‑temps et une reproduction de cette scission grâce à une intervention plastique. La scission est un choix. Il s’agit de choisir un moment que je voudrais pérenniser et immortaliser. Je décide ainsi de capturer l’instant pour le posséder. Mais la capture de la réalité ne peut pas réellement  se faire, parce que l’essence de la réalité s’échappe une fois que le temps est passé. Les images capturées après le moment passé sont comme des capes. On met cette cape sur un fantôme. La cape montre la forme du fantôme mais une fois le fantôme disparu, sous la cape, il n’y a rien. Toutefois, la cape garde toujours la forme du fantôme. C’est pour cette raison que je reproduis une image à partir d’une trace de la mémoire, qui appartient déjà au passé, pour ensuite retravailler cette image qui devient une balise d’un moment éphémère et achevé. »

(MK)

Projet réalisé avec Mojito Bay | www.minheekim.fr

Carine Klonowski (FR)

Carine Klonowski est née en 1989 à Nice. Elle vit et travaille à Paris. Diplômée de l’École européenne supérieure de l’image d’Angoulême en 2012.

Carine Klonowski aime raconter son travail. Pas vraiment « en parler » ni le décrire, mais raconter la longue suite d’événements qui l’ont amenée à une forme. Là où d’autres artistes inviteraient à la confrontation directe avec leurs travaux, ou plus souvent avec des images de leurs travaux, Carine Klonowski convoque l’histoire de la maturation de ses idées, de leurs premières apparitions discrètes et désordonnées à leurs multiples mues, jusqu’à, parfois, une forme acceptable comme œuvre « finale ». Cette narration s’entortille autour des situations de travail variées, de collaborations nouvelles, de timing contraint. Elle égrène les opportunités qui se sont évaporées, laissant derrière elles une impulsion créatrice qui ne demande qu’à s’exprimer ailleurs, plus tard, dans un environnement plus généreux.

(Géraldine Miquelot)

Projet réalisé avec Mojito Bay | www.carineklonowski.net

Noah Wiegand (FR)

Né en 1980 à Biarritz, vit et travaille à Toulouse et Berlin. Diplômé de l’École supérieure des beaux-arts de Nantes Métropole en 2006.

Dans son travail Noah Wiegand évoque aussi bien la mélancolie, la solitude, l’humour et l’espoir avec une approche subjective et ironique. Mêlant expérience personnelles et influences culturelles diverses : littéraires, philosophiques, musicales ou à l’histoire de l’art, il associe ses pièces dans des installations qui constituent des trames étranges, à la fois abstraites et narratives formant un monde fantasque et loufoque. Noah travaille dans un large éventail de médias, intégrant de façon transparente une langue visuelle très descriptive. Dans ces peintures, dessins, sculptures et vidéos, il se concentre sur des thèmes universels tel que la condition humaine, l’amour, la perte, l’optimisme et l’abattement, le tout donnant une tragi-comédie pathétique. En exerçant une compréhension aiguë des hauts et des bas de la vie, il crée des œuvres à forte charge émotionnelle, qui puisent dans une conscience collective et explore les façons par lesquelles nous vivons, nous aimons et nous nous souvenons. la tendance mélancolique de Noah possède la plus douce des autodérision et exprime un désir pour la connection humaine et la révélation. S’accumule à travers les sentiments d’échec et d’inutilité en partie apparente, une projection ludique du personnage de l’artiste qui est un solipsiste las du monde, un héros désespéré et une âme perdue.

(Martin Migalot)

Projet réalisé avec Mojito Bay

Laurent Faulon (FR)

Né en 1969 à Nevers, Laurent Faulon vit et travailleà Genève, il enseigne à l’école supérieure d’art de l’agglomération d’Annecy.

Connu pour ses performances critiquant l’assujettissement du corps à diverses sortes de disciplines (des techniques de pouvoir rendent les individus d’autant plus obéissants qu’ils sont utiles et inversement), pour son analyse de l’économie consumériste (dont les dispositifs visent à détourner l’attention des sujets vers des marchandises) et pour ses machines désirantes renversant la logique de cette économie (des objets ou des mécanismes sont activés et singent nos comportements, nos fantasmes, mettant en cause les lignes de partage entre le pur et l’impur), Laurent Faulon n’est pas un artiste au parcours normé. Son œuvre ne peut se résumer à une liste d’expositions dans des lieux qui la légitimeraient – l’artiste légitimant en retour les structures qui l’accueillent ou l’invitent.

C’est ce que révèle l’ouvrage « Life Life Life », qui consiste en une chronologie commentée des expositions, résidences et commandes publiques de Laurent Faulon. L’une des caractéristiques de cet inventaire est qu’il témoigne d’une activité qui déborde le cadre de l’institution. C’est la raison pour laquelle il intervient, souvent en compagnie d’autres artistes – pour rompre avec toute logique concurrentielle –, dans des espaces interstitiels. L’art n’est pas selon lui un accessoire luxueux proposé à un public acquis à sa cause, mais plutôt ce qui se construit lors de sa production, lors du temps passé à investir un lieu, rencontrer ses habitants et parfois travailler avec eux. Il est ainsi arrivé à Laurent Faulon de renouveler constamment les œuvres présentées dans un même cadre, à l’encontre de l’idée de l’exposition comme produit fini.

L’ensemble de ces choix influe sur la topographie et la temporalité particulières de certains projets initiés dans des logements sociaux, des chantiers de bâtiments en construction, un appartement communautaire, etc., parfois situés dans des pays tels la Russie, l’Arménie, Macao ou le Japon. Soit des contextes sans rapport avec le musée, le centre d’art ou la galerie considérés comme des réceptacles valorisants, des endroits confortables où il importerait, pour l’artiste, de se trouver. Les lieux qu’investit Laurent Faulon sont chargés de significations politiques, sociales, économiques. Ils constituent des environnements à chaque fois différents, qu’il s’attache à révéler par des gestes forts, ce qu’il appelle des « occupations » (l’art comme question et non comme réponse donnée dans un cadre préconditionné), dont la conception est opposée à cette manière de challenge sportif à quoi se résume fréquemment l’art dit in situ.

(Pierre Tillet)

Projet réalisé avec Mojito Bay | laurentfaulon.tumblr.com

Adrien Tirtiaux (BE)

Né en 1980 à Etterbeek (Belgique), vit et travaille à Anvers. Diplômé ingénieur civil architecte en 2003 à l’université catholique de Louvain-la-Neuve (Belgique) puis diplômé en sculpture et performance en 2008 à l’Académie des beaux-arts de Vienne (Autriche). Représenté par la galerie Martin Janda à Vienne.

Adrien Tirtiaux part le plus souvent du lieu, pour en détourner le sens. « Je travaille, dit-il, comme un architecte : j’analyse un contexte donné et essaie d’y trouver une intervention adéquate. » En effet, conformément à son parcours universitaire — il se forme en premier à l’architecture à l’université de Louvain-la-Neuve pour ensuite intégrer en 2003 l’École des Beaux-Arts de Vienne —, Tirtiaux convoque dans ses installations — ou architectures performatives — un registre artistique qui puise dans les années 60/70, en particulier dans le Land Art et l’art minimal. dans la lignée de Robert Smithson et Robert Morris, il aborde l’espace comme site et situation ; il y construit des histoires, des situations paradoxales, dans les interstices, inscrivant en son sein un sentiment de dualité et d’ambivalence qui, du même coup, révèle sa qualité intrinsèque. (…) il crée ainsi de multiples oppositions — intérieur/extérieur, nature/culture — qui se nourrissent de leurs interrelations pour transformer un environnement donné en un processus, en une somme d’interactions.

(Maïté Vissault)

Projet réalisé avec Mojito Bay | www.adrientirtiaux.eu

Enna Chaton (FR)

Enna Chaton est née en 1969 à Grenoble. Elle vit et travaille à Sète. Elle enseigne à l’école des beaux-arts de Sète.

Enna Chaton propose une effraction de la conscience perceptive par le renouvellement du dispositif stratégique et en introduisant au sein de ses images un libertinage particulier : celui qui à la fois joue sur la séduction tout en décevant l’attente du voyeur. Certes la  photographe et cinéaste ne pratique que le nu, aborde la question de la sphère de l’intimité, en une mise à nu des sentiments et des corps, dont elle explore avec finesse la beauté érotique. Mais la transgression est ici un jeu qui lève et complète l’interdit, sans pour autant le supprimer. L’artiste grenobloise capte les abandons progressifs au désir (en toute pudeur), les lâcher-prises, les glissements, les dérapages, l’intensité des expériences à venir, la présence de soi par l’autre (qui demeure hors champ). Un ignoré et une sensibilité du corps sont rendus visibles. Ce n’est plus seulement la façon dont le corps parle le désir mais la façon dont le corps exposé nous parle (rebelle au jeu qu’on veut habituellement le faire jouer) que l’artiste propose. Elle dissocie l’image du sexe par le sexe. Nous sommes désormais éloignés du côté « stimuli-réponse » que propose dans sa prétendue vérité de représentation la photographie et son poncif qui, selon Baudelaire, est : « un abus de mémoire… plutôt une mémoire de la main qu’une mémoire du cerveau ».

(Jean-Paul Gravard-Perret)

Projet réalisé avec Mojito Bay | www.ennachaton.fr

Alexandre Meyrat Le Coz (FR)

Alexandre Meyrat Le Coz est né en 1988 à Guéret. Il vit et travaille à Nantes. Diplômé de l’École supérieure des beaux-arts de Nantes Métropole en 2013. Il a cofondé le Collectif Occasionnel avec Minhee Kim en 2015.

« Il existe une ambiguïté entre l’image et l’espace comme une ligne que l’on pourrait difficilement dessiner. Mon travail se situe dans un espace d’entre-deux, un « espace image » où naissent des tensions, des relations entre sculptures, photographies, différents médiums, supports pour l’imaginaire. Cet espace laisse la possibilité de se raconter des histoires, de frôler le merveilleux et l’absurde. L’image devient un espace de projection, physique, comme un écran déplié de part et d’autre.
Je suis dans une pratique de détournement, de réutilisation. Au départ, il y a souvent une trouvaille : des objets du quotidien, par exemple. Je déplace le contexte, le statut, jusqu’à rendre parfois l’objet inefficace ou jusqu’à lui conférer une nouvelle lecture, une nouvelle utilité. Ici certains objets ne sont plus la démonstration d’une vérité mais celle de l’inefficacité, de l’accident, de l’incertitude des choses. J’utilise un vocabulaire parfois proche d’une esthétique scientifique, d’outillages de mesure, de mécanismes permettant la compréhension d’une force, d’une relation ou d’un mouvement. Aussi, je construis un langage à double lecture. la première serait celle qui laisse entrevoir un paysage fait de merveilles, qui laisse la possibilité à la narration. Un paysage rempli de naïveté et de légéreté. puis de l’autre côté, sur l’autre face, lire la cruauté, l’ironie, l’absurdité et la complexité des mécanismes humains. C’est dans l’expérience de son goût que l’on peut reconnaître l’empoisonnement, l’absence de susbstance, le vide et l’inconsistance. »

(AML)

Projet réalisé avec Mojito Bay | alexandremeyratlecoz.com

Delphine Reist (CH)

Née en 1970 à Sion (Suisse), Delphine Reist vit et travaille à Genève. Elle a enseigné à l’ENSBA Lyon de 2006 à 2008. Elle enseigne actuellement à la HEAD à Genève. Elle est représentée par la galerie Triple V à Paris et la galerie Lange + Pult à Zurich.

Delphine Reist est une artiste contemporaine suisse dont le travail se déploie principalement sous forme d’installations. Cultivant un humour cinglant, les pièces de Delphine Reist ironisent sur les travers sociaux contemporains. De la montée des nationalismes à la dégradation des conditions de travail. En 2009, par exemple, son installation 100 fleurs épanouies se composaient de chaises de bureau ordinaires, tournant sur elles-mêmes sous l’action de moteurs électriques. Tandis qu’en 2017, sa pièce en tube de néon blanc Mitarbeiter denken positiv [les employés pensent positivement] n’était pas sans faire écho au Arbeit macht frei (1992) de Claude Lévêque. Avec Sous les drapeaux (2007), deux rangées de drapeaux français étaient agitées le long de barrières de sécurité, dans un parking souterrain. Tandis que Fête nationale (2011) aura mis le drapeau helvète à contribution. Actuellement, le travail de Delphine Reist est représenté par la Galerie Triple V (Paris) et la Galerie Lange + Pult (Zurich, Auvernier), notamment.

Depuis la fin des années 1990, ses œuvres se déploient dans différents lieux : musées, galeries, parkings… Ses installations mécaniques motorisées scrutant les rouages culturels et sociaux (sociologiques, sociétaux, consuméristes). Moteurs, voitures, parkings, huiles de vidange, pétrole, nationalisme… De conflits lourds et insolubles, Delphine Reist tire des installations à la fois graves et presque drôles. Ou du moins sarcastiques. Même si les jeux de mots sont faciles. À l’instar de Chien de fusil (2008), présentant des fusils montés sur trépieds, pointant en fonction de détecteurs de mouvement. Évoquant tour à tour des snipers, des chiens de garde, ou encore Spot, le quadrupède robot développé par Boston Dynamics.

Humour grinçant, Delphine Reist truffe son travail de références. Fontaine (2006), par exemple, met en scène bidons découpés, pompes et huile de vidange. Effectuant ainsi un drôle de parallèle avec Fontaine (1917-1964), de Marcel Duchamp. Sans Titre (2017) présente un aspirateur et Nettoyage (2013) se compose d’un balai serpillière à frange et d’un seau empli d’un liquide agité par un dispositif de fontaine. Les deux œuvres évoquent à leur tour l’installation La Joconde est dans les escaliers (1969) de Robert Filliou. Soit un ready-made composé d’un seau, d’un balai et d’une serpillière, affublés d’un écriteau sur lequel est inscrit le titre de l’œuvre. Depuis 2014, Delphine Reist travaille régulièrement avec Laurent Faulon. En 2016, leur exposition « Flux Tendu », dans les anciens abattoirs de Nice, aura confronté (avec un humour très macabre) le fonctionnement réel d’un abattoir et les produits finis (tels de confortables canapé en cuir, ready-made).

(Paris Art)

Projet réalisé avec Mojito Bay